Vol LIDAR – couverture de 70 km² – 20 avril 2019

La technique du LIDAR (Light Detection And Ranging)permet d’enregistrer les reliefs du sol au centimètre près (planimétrie), en occultant la couverture végétale. Un scanner embarqué dans un aéronef envoie des impulsions laser vers le sol et enregistre chaque écho réfléchi : ceux-ci décrivent la surface du sol, à travers branches et végétation. Un traitement informatique abouti à la création d’un Modèle Numérique de Terrain ou MNT sur lequel on discerne toutes les anomalies micro-topographiques permettant ainsi le repérage de vestiges archéologiques masqués par la forêt (murées, tertres, chemins, bâtiments, mines, etc.).

Le vol pour couvrir 70 km² sur le territoire de Villards d’Héria a été effectué en avril 2019, le premier résultat d’analyse seront connus courant premier trimestre 2020.

VILLARDS D’HERIA – Un sanctuaire DES eauX sur deux sites

La commune des Villards d’Héria a la particularité de présenter deux ensembles cultuels de l’époque romaine distants à vol d’oiseau d’un kilomètre, reliés par une circulation d’eau souterraine nécessaire au fonctionnement du site inférieur. Villards d’Héria est situé dans le département du Jura à environ 40 km de Lons-le-Saunier, à une vingtaine de km de Saint-Claude et 3 km de Moirans-en-Montagne.
Le site possède deux sanctuaires. Le premier, le mieux documenté, est celui dit « site inférieur » qui a fait l’objet de fouilles jusqu’en 1982 par Lucien LERAT. Une publication de 1998, mise en forme par Hélène WALTER, reprend et globalise l’ensemble des connaissances, à date, sur ce site. Le second site est situé sur les berges du lac d’Antre. Il est décrit pour la première fois par DUNOD à partir de 1698. Très peu de recherches archéologiques ont été effectuées sur le site supérieur. La bibliographie ancienne est actuellement la plus importante source d’information.
Les auteurs s’entendent pour intégrer le sanctuaire dans le territoire Séquane , ce que montre également la carte de LONGNON avec les limites du « pagus Scodingorum », à la réserve près des limites de la Terre de Saint-Claude et de son rattachement au diocèse de Lyon .

Les eaux du lac d’Antre proviennent principalement de résurgences et de circulations souterraines en provenance du « Grande Maison » ou de la « Borne Sonnante » pour être collectées dans le bassin du lac. Les eaux du lac disparaissent dans les roches calcaires par la perte du lac qui alimente le « puits romain » (résurgence naturelle) situé au nord du sanctuaire du Pont des Arches. Le ruisseau d’Héria se crée et est au départ alimenté par le « Puits Noir » et le « Puits Blanc ». Selon William VAN ANDRINGA, l’eau est l’élément naturel qui unit les deux sites, ce qui expliquerait « l’implantation de deux sanctuaires distincts physiquement, installés à chaque extrémité du parcours des eaux » .
Ce constat rejoint l’étymologie proposée par Xavier DELAMARRE du terme « antre », « antros », « antrum » qui serait « la terre entre les eaux », soit le nom de l’île, en vieux celtique et indo-européen .

Cette agglomération-sanctuaire, située en altitude, à l’écart d’axes de circulation majeurs, se distingue notamment par l’originalité de son implantation dans un contexte montagneux et boisé où l’eau est omniprésente. Elle est à mettre en relation avec le probable village portuaire de Jeurre implanté à 6 km au sud au confluent de la Bienne et de l’Héria, positionnement stratégique qui dut favoriser l’acheminement des matériaux lourds depuis la vallée du Rhône vers le site de Villards d’Héria.

Le sanctuaire était probablement l’un des plus importants de la cité Séquane ; il avait un rayonnement régional et même interrégional comme en témoigne la dédicace (C.I.L., XIII, n° 5353) : « A Cnaeus Licinius Campanus, fils de Latinus, de la tribu Pomptina, Eduen, prêtre des trois Provinces des Gaules, gratifié de toutes les charges et honneurs de son pays, les Séquanes aux frais de l’Etat ».

On constate une nouvelle fois l’acculturation opérée entre les civilisations romaine et gauloise comme l’indique le caractère gallo-romain de l’ensemble monumental.

Le site inférieur est le lieu de culte situé sur les rives du ruisseau d’Héria à 710 m d’altitude. C’est le mieux connu. Toutefois, seule une partie en a été explorée. Il est formé de deux ensembles distincts : la zone cultuelle proprement dite et des bâtiments annexes, traditionnellement qualifiés d’hospitalia. Le complexe religieux de 110 m de long est divisé en trois parties. Au nord, se situe l’espace cultuel centré sur le puits romain, bassin de résurgence des eaux du lac d’Antre. A l’Ouest du bassin se trouve le Pont des Arches, formé de deux arches qui enjambent le ruisseau d’Héria et supportait un temple. Ce temple ouvrait ensuite par un escalier, à l’est, sur une place dallée au centre de laquelle se trouvait le puits romain. Ce bassin constitue le point central du sanctuaire, la « résidence naturelle de la divinité » . A l’Est de ce bassin, un escalier monumental donnait accès à une plateforme sur laquelle de nombreux fragments de bases et d’autels votifs ont été retrouvés. L’une de ces bases porte entre autres une dédicace à Mars, dieu vénéré sur les deux sanctuaires de Villards d’Héria. L’ensemble de cet espace cultuel était entouré de trois galeries, l’une au Nord, l’autre au Sud et la dernière à l’Ouest destinées à la circulation et permettant d’articuler les trois espaces du sanctuaire : le temple, la place et l’espace pour les autels.

Au sud de l’espace cultuel se situe une place trapézoïdale délimitée au Nord-est, à l’Est et au Sud par des galeries de circulation. Le centre de cette place est occupé par une construction circulaire de 7 m de diamètre extérieur en grand appareil. L’identification de cet édifice pose problème.
Son emplacement, sur une canalisation issue du puits romain, indiquerait l’usage d’un bassin.
Néanmoins, aucune trace de mortier hydraulique n’a été découverte. Van Andringa donne une fonction à un tel espace : « On pense alors à la distinction établie par Pline, à propos du sanctuaire de Cérès installé sur ses terres, entre le temple, domaine de la déesse, et le portique réservé, précise-t-il, à l’usage des hommes. Au val d’Héria, le portique trapézoïdal, mitoyen du temple et du bassin, était lui-aussi réservé aux visiteurs du sanctuaire qui pouvaient alors rejoindre le temple de la divinité ou fréquenter le balnéaire alimenté par la source ».

L’espace balnéaire occupe la troisième partie de la zone cultuelle du Pont des Arches. Ce bâtiment est divisé en deux parties non communicantes possédant chacune une salle avec piscine, une salle sur hypocauste avec sa salle de chauffe et un certain nombre d’autres pièces non identifiées. L’ensemble de ce complexe est entouré de deux galeries, à l’est et à l’ouest d’une longueur de 70 m. Une galerie plus petite (24 m de large) vient clôturer l’espace au Sud. Cet ensemble ne constitue pas un espace thermal.
Outre l’espace cultuel fouillé en grande partie par Lucien LERAT, d’autres bâtiments ont été mis au jour sur la rive droite de l’Héria, au lieu-dit « Champs des Tras ». Deux états de construction ont été mis au jour par ODOUZE de 1969 à 1972. Selon lui, le premier état daterait du 1er siècle ap. J-C, il s’agirait de constructions modestes à soubassement de pierres et cloisons de bois qui auraient brûlé . DUNOD indique encore d’autres bâtiments sur le site inférieur comme « le palais du Gouverneur de la Ville », un amphithéâtre de forme ovale et des halles. Ces bâtiments ne sont à ce jour pas identifiés.
1.2. Le site supérieur
Le site supérieur est implanté à 806 m d’altitude sur les berges nord-est du lac d’Antre. Il comporte des vestiges qui sont décrits depuis la fin du XVIIe. Certains furent révélés lors de la construction de la métairie du lac vers 1679 par le Sieur Rosset de Saint-Claude sur l’emplacement du grand temple. Il est rectangulaire, la cella mesurerait 18 x 19 m et comportait « quatre assises de gros appareil ». Deux inscriptions ont été découvertes dans la construction de la métairie. L’une d’entre elles est une dédicace à Mars Auguste (CIL XIII 5343). Les écrits de DUNOD, publiés à partir de 1698, indiquent la présence d’un second édifice.

Il s’agit d’un autre temple, plus petit que le précédent et de forme circulaire. Contrairement au temple de Mars, celui-ci était construit en petit appareil. Cet édifice n’a livré que des fragments de statue sculptés , et une base de statuette qui mentionnait, gravé en pointillés le mot « Bellon » correspondant au nom de la déesse Bellone (CIL XIII 5351). Nous pouvons donc supposer que ce temple circulaire était dédié à Bellone, épouse de Mars. Plusieurs autres édifices ont été repérés au cours des siècles, mais nous n’avons aucune certitude concernant leur identification. On note la présence d’une enceinte qui entoure les deux temples que William VAN ANDRINGA identifie au temenos d’un sanctuaire monumental dédié à Mars et Bellone. Selon lui, il est probable qu’elles aient été des divinités patronnes du lac, ce qui expliquerait qu’on les retrouve dans le site inférieur .
Le lac par lui-même n’a fait l’objet que de quelques recherches par Pierre PETREQUIN et Jean Louis ODOUZE qui ont surtout indiqué l’absence de palafittes et la présence de barrage en terre. Il est à noter que le niveau du lac a été rehaussé de 4 mètres par rapport à son niveau naturel avec la construction successive de deux barrages, le premier datant de la fin du XIXème siècle. Sur l’origine anthropique ou non du lac, Vincent BICHET a démontré qu’il s’agissait bien d’un réservoir naturel .

Lucien LERAT, archéologie à VILLARDS D’HERIA de 1958 à 1982

Lucien LERAT (1909-1993) a étudié l’archéologie de 1930 à 1932 à l’École normale supérieure de Paris puis de 1933 à 1936 en tant que membre de l’École française d’Athènes en Grèce. Après son retour en 1937 il est allé à l’Université de Besançon, où il a été professeur de langue et de littérature grecques jusqu’en 1955 et de 1955 à 1981 professeur d’Archéologie Artistique (= Archéologie Classique). De 1953 à 1960, Lerat a été nommé doyen de la Faculté des Lettres. De 1942 à 1971, il fut directeur des sites archéologiques de Franche-Comté.

Les intérêts de recherche de Lerat étaient l’ancienne Gaule et la Grèce. De sa dissertation sur le Lokris occidental, qu’il a publié en 1952 en deux volumes

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BIBLIOGRAPHIE ( à compléter avec lommages à Lucien LERAT – PUFC 1990)
Les Locriens de l’Ouest. 2 volumes, Paris 1952
Les lampes antiques. Catalogue des collections archéologiques de Besançon. Paris 1954
Les fibules Gallo-romaines. Catalogue des collections archéologiques de Besançon. Paris 1956
Les fibules Gallo-romaines de Mandeure. Catalogue des collections archéologiques de Montbéliard. Paris 1957
Vesontio. Dans: Pauly’s Realencyclopadie der classischen Antientwissenschaften (RE). Volume VIII A, 2, Stuttgart 1958, Sp. 1695-1705.
avec Yves Jeannin: La ceramique sigillée de Luxueil. Paris 1960
La « ville d’Antre ». Mythes et réalités. Paris 1965
La Gaule romaine. Paris 1977. Réimpression 1986
Les fibules d’Alésia. Dijon / Semur 1979
Dan Besançon Gallo-romain. Paris 1985
avec Hélène Walter: Besançon antique. Paris 1990

le barrage en bois du lac d’Antre

Le cadastre napoléonien, a été établi en 1833 pour la commune de Petit-Villard. Il ne présente pas de barrage en tant que construction, toutefois, on remarque à la sortie du lac, un conduit relativement rectiligne, vers le déversoir, assimilable à une forme de canal.


(extrait du cadastre napoléonien – AD39 – 3P plan 6317)

Pour la construction du barrage en bois, l’accord des propriétaires pour inonder leur terrain est intervenu en 1866.
Avant 1868, « M. CHAVERIA Placide, PERRIN, BESSON Auguste et VUILLERMOZ tous quatre, possédant des usines sur le bief d’Héria » sont « propriétaires du barrage établi à l’origine de la décharge du lac d’Antre. Ils se sont associés pour contribuer aux frais d’établissement du barrage de décharge du lac d’Antre. Cette retenue est utile à tous les usiniers du bief d’Héria indistinctement. Ils ont espéré et ils espèrent encore qu’ils se réuniront à eux pour supporter les charges dont ils ont pris l’initiative ».
En décembre 1868, le barrage est décrit comme suit : « Le barrage, établi au travers du canal de décharge du lac, a pour objet de retenir au-dessus du niveau habituel, un volume d’eau de deux mètres de hauteur que les usiniers, bordant le bief d’Héria, peuvent utiliser en temps de sècheresse. Le barrage en charpente est établi à l’origine de la décharge du lac ; le seuil est placé à ras du fond de ce ruisseau, c’est-à-dire à un niveau bien supérieur au thalweg du lac ; la crête est dévasée à deux mètres au-dessus du seuil. Les eaux ne peuvent s’écouler dans la décharge qu’au moyen d’une vanne ayant 1.09m de largeur sur 0.55m de hauteur ». « La vanne retenant les eaux du lac est constamment levée dans les moments où le bief d’Héria n’est plus alimenté par les sources appelées puits noir et puits blanc pour que les usiniers profitent de l’écoulement de l’eau »(1).

Selon des actes de vente des 31 juillet 1866 et 11 septembre 1867, passés devant Maître MONNET, notaire à Moirans-en-Montagne, les anciens propriétaires du lac, ont donné le droit aux usiniers de Villards-d’Héria d’établir le barrage actuel dont la crête doit être à 1.30m en contre bas de la fiche repère scellée dans le rocher et le seuil à 3.30m en contre bas de la même fiche. Les usiniers peuvent ainsi constituer une réserve sur une hauteur de 2,00 m leur donnant 165.005 m3.


(photo Le Pennec septembre 1989)

(1) AD39, Sp140, usine Chapelan Siméon à Villards d’Héria, procès-verbal de visite des lieux 4 décembre 1868

2018 – le barrage actuel du lac d’Antre a 110 ans

(L’écho de la montagne 19 décembre 1908)
« A l’occasion de l’achèvement de ce nouveau barrage-réservoir, l’entrepreneur des travaux et la plus part des usiniers se sont réunis le dimanche 6 décembre dernier [1908] au café-restaurant tenu par Melle Marie HUGON pour en fêter l’inauguration.
A l’issue du banquet, après plusieurs chansons très réussies, une quête faite au profit de la caisse des écoles a produit la somme de 10 francs 10.
Aux généreux donateurs, merci ! et nos plus sincères félicitations aux vaillants artisans de cette heureuse innovation. »

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A la recherche des chemins perdus

1/ Au pont des Martinets

j’arrive sur les traces à peine marquées par intervalle sur la pelouse, de l’ancien chemin, difficile à trouver sans guide, par lequel on communiquait de la ville basse à la ville haute. Je suis un tracé jusque vis-à-vis le pont du martinet qui est au Patit Villard sur la route de Moirans à Saint-Claude. Là ce chemin fait un coude et revient dans le direction nord-est jusqu’au dessus de la montagne. Vers ce coude à gauche et sur le bord du chemin, était, en tre autres, une habitation vaste et opulente, qui devait être d’une grande importance, à en juger par sa position agréable et avantageuse sous tous les rapports, et par les nombreux objets que l’on y a découvert. Le chemin est entièrement abandonné depuis un temps immémorial, et tous les habitants de Villards d’Héria ne le connaissent pas, mais quand on a trouvé sa trace, que dès lors on peut suivre quoique très difficilement, on reconnait sans peine qu’il avait une assez grande largeur et une pente très douce, eu égard à la rapidité que présente la montagne sur tous les points et comparativement au chemin difficile qui conduit à son sommet; il est à croire que les anciens n’auraient pas tracé ce dernier tel qu’il est et sa grande rapidité peut faire croire qu’il fut formé par le torrents et la descente fréquente et rampante des sapins abattues dans la forêt.

texte de CHAMPAY – 1865

DUNOD Pierre Joseph (1646-1725)

Pierre Joseph DUNOD (1646-1725) né à Saint-Lupicin le 21/10/1646, décédé le 02/01/1725 à Besançon, prêtre, a publié : Découverte de la Ville d’Antre, Paris 1697 ; réimprimé avec des additions et une deuxième partie intitulée : Méprises des auteurs de la critique d’Antre, Amsterdam, 1709. On lui attribue : Projet de la charité de la ville de Dole, 1698 et Vie de Saint Simon de Crespy, Besançon 1728.

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